La Première Guerre Mondiale : Une guerre totale ?
Le concept de « guerre totale » est élaboré à l'origine par Ludendorff, chef des armées allemandes durant la Grande Guerre, dans un livre portant ce titre paru en 1935, et dans lequel il développe l'idée que le pouvoir politique doit être entièrement subordonné à la guerre afin d'assurer la stabilité idéologique et le moral à l'arrière.
La guerre totale est donc un conflit armé qui mobilise toutes les ressources de l'Etat, sa population autant que l'économie et la politique.
A la veille de la guerre, l'Europe domine le monde. Ses Etats se différencient par leurs systèmes politiques et leur développement économique, même si depuis 1900 les Etats-Unis sont la première puissance économique mondiale. Les rivalités économiques en Europe sont donc latantes, tandis que depuis la guerre Franco-Allemande perdue en 1870, la France a un fort désir de revanche et désire récupérer l'alsace/lorraine, ses deux territoires perdus.
Les origines de la Première Guerre Mondiale, où Grande Guerre, sont donc nombreuses et complexes. Montée des Impérialismes, rivalités économiques et coloniales, jeu des alliances... le conflit semble ineluctable.
Mais en quoi cette guerre est-elle une guerre totale ?
C'est ce que nous allons essayer de voir à travers trois points ; tout d'abord l'ampleur mondiale du conflit, puis l'économie de guerre instaurée, enfin le rôle de la propagande et de la population.
Les Empires coloniaux et alliances impliquent donc le monde entier dans le conflit.
Le 28 juin 1914, l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d'Autriche, est assassiné à Sarajevo durant un voyage d'inspection en tant que Général en Chef des Armées, en compagnie de sa femme, la princesse de Hogenberg. Le 28 juin était en effet le jour de l'anniversaire de la défaite des Serbes à la Bataille de Kosovo en 1389 face aux Ottomans, ce qui fut considéré comme une provocation supplémentaire par ses opposants. La véritable rancoeur des nationalistes venait toutefois surtout du fait de l'annexion de la Bosnie-Hérzegovine en 1908, mal vécue surtout pour les Serbes, qui auraient préféré être rattachés à un autre pays Slave.
François-Ferdinand échappe à un premier attentat à la bombe sur le parcours le menant à la réception prévue en son honneur, mais meurt par balles en compagnie de sa femme, touché par Gavrilo Princip, étudiant nationaliste Serbe et membre du groupe Jeune Bosnie.
Le 25 juillet, soutenue par la Russie, le gouvernement Serbe refuse la particpitation à l'enquête sur leur territoire de policier Autrichiens. Les relations diplomatiques entre les deux Etas sont rompues.
L'Allemagne soutient immédiatement l'Autriche-Hongrie et lui conseille la fermeté.
L'autriche-Hongrie déclare donc une «guerre préventive» à la Serbie.
Le 28, l'Autriche ordonne une mobilisation partielle contre la Serbie.
Le 30 juillet, la Russie déclare la mobilisation générale contre l'Autriche-Hongrie.
La Tsar Nicolas II refusant de suspendre la mobilisation, l'Allemagne lui déclare la guerre le 1er aout.
L'Allemagne proclame donc «l'état de danger de guerre», et le 3 août, c'est la mobilisation générale.
La France décrète la mobilisation générale le 2 août.
Le 4 août, l'Allemagne attaque la Belgique, qui rejette l'ultimatum lui réclamant le passage libre des troupes.
L'Angleterre déclare qu'elle garantit la neutralité de la Belgique et entre en guerre.
Le 6 août, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie aux côtés de l'Allemagne.
Le 11, la France déclare à la guerre à l'Autriche-Hongrie, suivie par l'Angleterre le 13. L'Alsace se bat toutefois aux côtés de l'Allemagne, espérant ainsi obtenir plus de droits.
Se forment l'Alliance et l'Entente.
La Triplice, ou Tripe Alliance, regroupe l'Empire Allemand, l'Empire Austro-Hongrois et le Royaume d'Italie.
La Tripe Entente est l'alliance militaire de la France, du Royaume-Uni et de la Russie par opposition à la Triplice.
La plupart des pays engagés possédant des colonies, le conflit devient vite mondial. Ainsi, le Commonwealth, le Canada, l'Australie, l'Inde, la Nouvelle-Zelande et l'Afrique du Sud entrent automatiquement en guerre contre l'Allemagne. Le Japon offre également son aide aux Alliés et déclare la guerre à l'Allemagne.
134 000 tireurs sénégalais sont en effet recrutés par les armées Françaises. En octobre 1915, un décret ordonne la mobilisation des Africains de plus de 18 ans. Au total, ils sont près de 600 000 à combattre, mais c'est véritablement à partir de 1917 et de l'offensive du Chemin des Dames qu'ils sont engagés en masse. Au total, la mobilisation aura concernée environ :
175 000 algériens
40 000 marocains
80 000 tunisiens
180 000 africains noirs
41 000 malgaches
49 000 indochinois
Au total donc près de 600 000 hommes dont 97 000 tués ou disparus.
Le sort de la guerre se joue cependant en Europe, et plus particulièrement en France où se déroulent les plus lourds affrontements. Entre le 18 et le 23 août, les batailles frontaliéres font en effet plus de 60 000 morts en une journée.
Mais une économie de guerre est toutefois nécessaire pour soutenir l'affrontement.
Cette guerre se distingue effectivement car elle est la première «guerre industrielle». L'industrie de paix devient une industrie de guerre.
Tous les pays impliqués sont en effet obligés de restructurer leur industrie ; les stocks sont en effet insuffisants pour soutenir l'effort de guerre.
On transforme donc les usines pour fabriquer des munitions, et les nouvelles indsutries sont construites loin du front (A Toulouse par exemple pour la France.)
La production de mitrailleuse passe de 613 à 19 904 unités ; les automobiles de 9200 à 20 000 unités. On fabrique également 88 400 unités de de munition par jours au lieu de 10 400.
On dote les avions de mitraillettes, et les premiers bombardements aériens ont lieu. Le char apparaît pour couvrir les soldats lors de l'attaque de position. Les canons sont de plus en plus gros et tirent de plus en plus loin (la Grosse Bertha, qui tire à 100 km.) Des chemins de fer de campagne sont installés pour desservir le front. On utilise également des armes chimiques, comme du chlore du côté des allemands ou xylylbromide chez les Français.
C'est une grande mutation technologique.
Dans tous les pays, les femmes deviennent un indispensable soutien à l'effort de guerre. En France, le 7 août 1914, elles sont appelées à travailler par le chef du gouvernement Viviani. Dans les villes, celles qui fabriquent des armes dans les usines (comme les usines Schneider au Creusot) sont surnommées les « munitionnettes ». Les femmes auront fabriqué en quatre ans 300 millions d'obus et plus de 6 milliards de cartouches. Désormais, les femmes distribuent aussi le courrier, s'occupent de tâches administratives et conduisent les véhicules de transport.
Mais pour soutenir cette économie de guerre, il faut de l'argent. C'est pourquoi les Etats tentent de faire face à leur déficit en appliquant diverses méthodes.
En Allemagne, c'est l'emprunt public. Au Royaume-Uni, l'augmentation d'impôts directs. En France et en Italie, emprunts publics et augmentation de la circulation monétaire.
Les collectes d'or sont donc menées auprès des civiles pour soutenir l'effort de guerre, même si la principale source de financement se trouve aux Etats-Unis, soit en numaire, soit par l'achat à crédit de matériel.
Pour pourvoir les postes laissés vacants par les hommes partis au front, le travail devient obligatoire pour beaucoup. Sur 1 700 000 personne affectées en France à l'industrie de guerre, on compte effectivement 430 000 femmes, 133 000 jeunes, 61 000 coloniaux et 40 000 prisonniers.
L'économie des principaux Etats impliqués dans le conflit est donc entièrement subordonnée à la guerre.
Mais à l'image de l'économie, la politique s'implique dans la guerre, y entraînant également la population dans sa quasi totalité.
La propagande est la diffusion d'idées destinées à influencer ou a conditionner le comportement humain. La mobilisation des esprits est en effet un facteur de la victoire.
Les techniques de propagande sont codifiées et appliquées pour la première fois d'une façon scientifique au début du XXeme siècle.
Lord Psonsonby, aristocrate anglais et socialiste, résume ainsi les méthodes utilisées pendant le conflit :
1.Que notre camp ne veut pas la guerre
2.que l'adversaire en est responsable
3.qu'il est moralement condamnable
4.que la guerre a de nobles buts
5.que l'ennemi commet des atrocités délibérées (pas nous)
6.qu'il subit bien plus de pertes que nous
7.que Dieu est avec nous
8.que le monde de l'art et de la culture approuve notre combat
9.que l'ennemi utilise des armes illicites (pas nous)
10.que ceux qui doutent des neuf premiers points sont soit des traitres, soit des victimes des mensonges adverses (car l'ennemi, contrairement à nous qui informons, fait de la propagande).
La propagande doit donc faire comprendre à la population que la France se bat pour son bon droit. Elle est en effet l'attaquée, et participe donc à la lutte du bien contre le mal, et participe à la défense de l'humanité. L'ennemi est paré de tous les vices.
La france de 1914, par opposition à l'allemagne, est encore un pays relativement rural. La propagande de l'époque s'attache donc à la défense du sol, valeurs que le paysan mobilisé connaît et travaille tous les jours. La propagande l'invite à défendre sa terre qui est son outil de travail.
Mais en plus d'intensifier le sentiment national, la propagande s'attache à réduire les pertes françaises et l'intensité des attaques menées par les allemands. Les pertes de l'ennemi étaient décrites comme très inférieures aux pertes françaises, de même que leurs armes faisaient tout autant de dégâts que les balles à blanc. Ainsi, la population pouvait dormir tranquille et ne pas céder à la panique en voyant les chiffres alarmants des morts.
La censure est partout réhabilitée au nom de l'intérêt national. En France, elle prend la forme d'une loi du 4 août 1914, votée dans l'urgence, interdisant tout article apte à révéler des informations à l'ennemi, ou à décourager les Français (notamment en révélant la réalité des conditions de vie au sein des tranchées.
Suivent des arrestations à outrance, beaucoup de personnes étant en effet soupçonnées d'espionner pour le compte des Allemands. En france, c'est le cas par exemple de la danseuse Mata Hari, fusillée le 15 octobre 1917.
En Russie, les usines s'avèrent insuffisamment productives, le réseau ferroviaire imparfait, le ravitaillement en armes et denrées de l'armée boiteux. Au sein des troupes, les pertes battent tous les records (1 700 000 morts et 5 950 000 blessés) et des mutineries éclatent, le moral des soldats se trouvant au plus bas. Ceux-ci supportent de moins en moins l'incapacité de leurs officiers (on a ainsi vu des unités monter au combat avec des balles ne correspondant pas au calibre de leur fusil), les brimades et les punitions corporelles en usage dans l'armée. Ces arrestations à outrance et les défaites succesives face aux allemands entraînent la révolution de 1917.
Propagande et censure fonctionnent donc de paire, galvanisant les esprits et fortifiant le sentiment national. Cependant, cette mobilisation de l'Etat pour la guerre commence à lasser les populations, qui voient la guerre s'enliser et se lassent des conflits meurtriers. La propagande, qui fonctionnait donc au début de la guerre, s'essouffle surtout à partir de 1917.
Conclusion :
La Première Guerre Mondiale, où Grande Guerre, est donc la première Guerre Totale de l'Histoire. Elle regroupe effectivement tous le critères permettant de l'associer à la définition donnée par Ludendorff.
La guerre totale est donc un conflit armé qui mobilise toutes les ressources de l'Etat, sa population autant que l'économie et la politique.
La moblisation du monde entier dans la guerre, par le jeu des alliances ou l'appartenance des colonies à l'un des deux camps, l'économie entièrement tournée vers la guerre et l'idée que le pouvoir politique doit être entièrement subordonné au conflit afin d'assurer la stabilité idéologique et le moral à l'arrière font donc bien de la Grande Guerre la Première Guerre Totale.
Toutefois, la Guerre Totale trouvera son achèvement le plus complet quarante ans plus tard, durant la Seconde Guerre Mondiale.